Masonic Bay

La Franc-Maçonnerie au Moyen-Orient !

Nous allons suivre les pas de l’américain Robert Morris, archéologue de formation et ancien Grand Maître de la Grande Loge du Kentucky (USA), lequel en quête des origines de l’ordre maçonnique, a voyagé dans les années 1868 dans ces pays dans ce qui a été pour lui son « Pèlerinage Maçonnique ».

Ainsi dans son livre « The Holy Land » Robert Morris nous fait découvrir cette terre, comme le berceau de la franc-maçonnerie, en ces termes :

« Tous ceux qui se sont employés à instruire les Francs-Maçons ont sans doute dû plusieurs fois éprouver le désir de se rendre en Palestine, la terre-mère des anciennes affiliations - l’Orient - la Patrie d’Abraham et de David, de Salomon et de Zorobabel, de Jésus et de Mahomet, l’École des écrits sacrés.

Il y a de si nombreuses références à ce pays dans les rituels maçonniques qu’il est étrange qu’aucun d’entre nous ne soit parti l’explorer avant 1868 ».

Il semble cependant oublier qu’avant lui, Alphonse de Lamartine a écrit un très beau texte sur la Franc-Maçonnerie, tout comme Gérard de Nerval a conté le mythe d’Adoniram dans son Voyage d’Orient.

Tous deux non-initiés ont visité ces pays.

Au Liban, en parallèle de la visite du Tombeau du Roi Hiram à Tyr, Robert Morris nous décrit longuement la « Baie Maçonnique » qui correspond actuellement à la Baie de Saint Georges, patron de Beyrouth, communément nommé Gergis par les Chrétiens et Khodr par les Musulmans, et qui selon la légende aurait terrassé le dragon.

C’est à partir de la Baie de Saint Georges que les cèdres et les sapins du Liban étaient acheminés pour Jaffa en Palestine, afin de servir à la construction du Temple de Salomon à Jérusalem. Robert Morris décrit aussi l’accueil fraternel qu’on lui a réservé lors de ce voyage :

« Je suis venu dans cette ville (Damas) totalement inconnu. Notre aimable hôte, le « frère » Rogers, me prit par la main.

Son Excellence le « frère » Rachid Pacha me prit par la main et m’accueillit comme un frère, en m’offrant toutes les facilités pour ma mission. J’étais rattaché à son personnel en tant que membre d’honneur, lorsque nous avons visité Tadmor, qui, selon la Bible, aurait été construite par Salomon. (Tadmor est le nom sémitique de Palmyre, toujours employé pour désigner la ville de Palmyre, est attesté dans le Deuxième livre des Chroniques « Et il bâtit Tadmor dans le désert, la célèbre ville du roi Salomon).

L’éminent Émir Abdel Kader me prit par la poignée fraternelle.

Une semaine passée seulement à Damas, et je n’étais plus un étranger ici, mais une connaissance, un voisin, un frère-oui, un frère du même Père — le Père du ciel.

Et je crois que jamais nous ne redeviendrons des étrangers les uns pour les autres. » …

« À Jaffa en Palestine j’ai été reçu avec les plus grands égards par le Gouverneur franc-maçon comme Noureddine Pacha. » ...

Il faut savoir que dès la fin du XVIIIe siècle et pendant tout le long du XIXe et XXe siècle, les loges maçonniques, très tôt implantées dans cette région, ont joué un rôle important dans les tentatives de modernisation et de l’émancipation des peuples contre le despotisme et l’obscurantisme des pouvoirs en place.

En effet, comme nous allons le voir tout au long de ce livre, les grands intellectuels réformateurs du monde arabo-musulman étaient des francs-maçons.

De plus, à l’instar des Obédiences européennes, plus spécifiquement françaises, certaines « Loges Maçonniques » ont été le vivier des politiques et fonctionnaires de hauts rangs.

C’est ainsi : Qu’au Liban, dès les années 1900, plusieurs loges vont voir le jour regroupant en leur sein, l’élite de la nation, et ce malgré les violentes campagnes antimaçonniques de la part de l’Église maronite et des Jésuites (notons que ce ne sera pas le cas en ce qui concerne l’Église Orthodoxe, où des prélats et des évêques ont rejoint les « frères » dans les loges).

C’est ainsi que la loge « Palestine N° 415 » va compter déjà en 1868, 75 membres pour atteindre avant sa fermeture en 1889, les 150 membres.

Elle aura comme membres les grandes familles de Beyrouth, de Damas et de Palestine comme les Beyhum, les Sursock, les Ammoun, les Azm…

Une autre loge va parler d’elle et occuper le paysage maçonnique libanais du début du XXe siècle, c’est la loge « Le Liban ».

Avec le recrutement des membres prestigieux de la Loge « La Palestine », la Loge « Le Liban » va avoir une croissance fulgurante et va atteindre dans les années 1920, plus de mille membres.

Vers les années 1920 -1924, le Liban va compter plus de 12000 francs-maçons, soit environ 7 % de la population adulte de sexe masculin !

Des personnalités réputées vont adhérer à l’ordre, c’est le cas de deux Présidents de la République, Charles Debbas et Camille Chamoun, ainsi que des familles al Solh, Arslan, Joumblat...

Jusqu’à aujourd’hui cette maçonnerie libanaise défend les principes qui sont si chers à la franc-maçonnerie : Liberté, Égalité et Fraternité.

Qu’en Syrie, la loge « Kayssoun » va regrouper les principaux leaders nationalistes.

Ces membres seront parmi les plus opposants à la France mandataire.

La Franc-Maçonnerie dans ce pays comptera le plus grand nombre d’hommes célèbres.

Durant le XXe siècle, on dénombrera pas moins de dix Présidents de la République Francs-Maçons !

Qu’en Palestine, nous verrons qu’à la différence des loges libanaises et syriennes qui avaient des objectifs politiques nationalistes et/ou révolutionnaires, la franc-maçonnerie avait une vocation plutôt humaniste et pacifiste, et ce tout au long du conflit entre les Juifs et les Arabes !

Qu’en Turquie, que trois loges vont se distinguer :

La célèbre loge « Union d’Orient » qui a regroupé un nombre important de « Frères » appartenant à des personnalités de très hauts rangs, comme le Prince Mustapha Fazil ou le Grand Vizir Ibrahim Edhem Pacha, premier turc qui après avoir fait ses études au Lycée Louis Le Grand, va intégrer en 1835 l’Ecole des Mines de Paris et obtenir son diplôme d’ingénieur.

Une autre loge aussi célèbre, la Loge « I Proodos » qui a eu comme membres le Sultan Mourad V, l’intellectuel Namik Kemal et bien d’autres.

Cette loge a servi de relais de transmission des idéaux maçonniques et libéraux vers l’Iran, avec comme membres plusieurs diplomates iraniens, dont le grand penseur réformiste Mirza Malkum Khan.

Enfin au début du XXe siècle, la Loge « Macedonia Risorta » sera une loge transformée en une société révolutionnaire, avec comme membres des « Jeunes Turcs » comme le Grand vizir Talaat Pacha, le philosophe Riza Tevfik.

Qu’en Égypte, la célèbre Loge « Les Pyramides », a eu comme membres le Prince Abdel Halim Pacha, l’Émir Abdelkader…

Nous verrons aussi que El-Afghani qui était membre d’une loge appartenant à la Grande Loge Unie d’Angleterre, la Loge « Kawkab el Sharq » a quitté cette dernière « trop déçu du manque d’activité politique de cette loge » pour fonder sa propre loge nationale (Al Mahfal Al Watani) affiliée au Grand Orient de France.

El Afghani avec d’autres « Frères » comme le Mufti Mohamed Abdo, Adib Ishaq et bien d’autres seront les précurseurs du mouvement « Al Nahda », ce mouvement de renaissance des pays arabes et des luttes d’indépendances.

Enfin qu’en Iran, la célèbre Loge « Le Réveil de l’Iran », va être à l’avant-garde de la Révolution Constitutionnelle de 1906.

Elle avait comme membres plusieurs futurs premiers ministres, dont Mohamed Foroughi, Hossein Ala', Abbas Hoveyda, Jafar Sharif Emani.

(Extrait du livre de Jean-Marc Aractingi , "Histoire de la Franc-Maçonnerie au Moyen-Orient) .